Le ski, plaisir de glisse et de liberté au sein des grands espaces montagnards.
Mais le ski a toujours eu une relation tumultueuse avec les pieds, notamment grâce aux chaussures rigides, mais aussi pour bien d’autres aspects biomécaniques.
Il existe plusieurs disciplines répertoriées par la FFS : le ski alpin, le ski freestyle, le snowboard, le ski nordique(ski de fond), le biathlon (ski de fond et tir à la carabine), le combiné nordique (ski de fond et saut à ski), et enfin le saut à ski.
Chaque discipline a ses propres chaussures ainsi que ses propres skis spécifiques à leur pratique respective. Nous détaillerons ici les activités les plus courantes :
Le ski alpin est la discipline engendrant le plus de conflit pied/chaussure. Ce conflit est causé par la rigidité exercée par la coque de la chaussure sur le pied. Hallux valgus, Quintus varus, Bursites ou hygroma, Exostoses, Saillance malléolaire, Compression de l’avant pied ? Par quoi commencer ? Quel protocole ?
Tout d’abord, la première question qui se pose est : est-ce que la chaussure est à la bonne taille ou bien adaptée? Si non, changer de chaussure. Si oui, alors on peut passer au stade suivant.

Correction des troubles statiques, dynamiques et posturaux
La correction d’éventuelles troubles statiques, dynamiques, et posturaux, par le biais de semelles de correction réalisée par le podologue, ou dans certains cas d’une séance d’ostéopathie ou de kinésithérapie.
En effet, des troubles d’appui de l’avant pied vont provoquer une instabilité du pied en général (puis du genou ), et vont induire avec le temps, des crampes, et des frottements contre le chausson. Donc si les troubles statiques de l’avant pied ne sont pas corrigés, les crampes et les frottements ne cesseront pas.
Il en est de même pour une douleur en regard de l’os naviculaire qui peut être provoquée par un pied plat, ou une instabilité calcanéenne(talon qui se lève) provoquée par un blocage de l’articulation de la tibio-tarsienne…

Moulage d’un chausson thermoformé afin d’épouser au mieux la forme anatomique du pied.
Si la correction des différents troubles posturaux ne soulagent pas complètement les douleurs, alors dans ce cas il faut réaliser un chausson thermoformé, avec possibilité de placer des « paddings » sur le pied afin d’augmenter les compressions pendant la phase de moulage. De cette manière, du volume apparaîtra au niveau des zones anatomiques désirées.

Déformation de coques, afin de générer du volume.
Si les déformations anatomiques d’un pied sont trop importantes et que les corrections des troubles statiques ainsi que le façonnage de chausson ne suffisent pas, dans ce cas la déformation des coques en regard des zones concernées peut être appliquée. Cette manipulation sur la chaussure de ski (ou autre chaussant à contrefort rigide) est à faire en dernier recourt car est irréversible.

D’un point de vue biomécanique le skieur doit stabiliser l’ensemble chaussure de ski et ski (pesant plusieurs kilos) à une certaine vitesse et le tout dans un axe podal antéro postérieur qui n’est pas tout à fait physiologique. L’ouverture du pied en position neutre décrit un angle de 10° à 15° en ouverture, alors que pendant la pratique du ski, celui-ci doit être de 0°. Ceci implique un tonus musculaire différent pour maintenir l’ensemble skieur chaussure ski en équilibre à vitesse élevée. Du coup s’ensuit toute une possibilité de crampe causée par une chaussure rigide qui impose une position stricte.
D’un point de vue traumatique, le skieur n’est pas à l’abri des chutes pouvant provoquer fractures et lésions ligamentaires (dont la plus courante: rupture du ligament croisé)

Le ski nordique ou ski de fond, est «l’ancêtre » du ski actuel. C’est une discipline olympique depuis 1924(1er jeux à Chamonix). Les skis sont longs, étroits et ne possède pas de cares métalliques (contrairement au ski alpin). La chaussure est plus petite et plus fine et surtout moins rigide que son homologue alpine. Il existe deux manière de le pratiquer : le classique (ou l’alternatif) s’exerçant dans deux traces parallèle et le skating ou «pas de patineur».
Du fait de la souplesse de la chaussure, les pathologies liées aux contraintes pied/chaussure ne sont pas très importantes. En fait c’est un sport peu traumatique (sauf chute !!!) pour une personne qui le pratique de manière occasionnelle, mais à haut niveau une pathologie se démarque nettement, Il s’agit de la « périostite » ou la tendinopathie des releveurs (muscle tibial antérieur), pouvant s’aggraver en syndrome des loges entrainant une opération pour libérer de la pression intramusculaire (aponévrotomie). L’étiologie de cette pathologie est peu connue. Une pratique du ski roue (mode d’entrainement l’été) de manière intensif peut être un des éléments déclencheurs. En effet, le fait que ceux-ci soient plus haut, provoque une instabilité valgisante, mettant immédiatement le tibial antérieur en tension pour lutter contre ce mouvement, le tout exacerbé par les vibrations créées par le contact roue/bitume. De plus à chaque fin de phase de poussée, le fondeur doit ramener son ski, et là encore, le groupe musculaire des releveurs fournit un effort.

ROLE DU PODOLOGUE :
Au vue des nombreuses pathologies énumérées, le rôle du podologue semble tout trouvé : avoir une action correctrice pour éviter tout frottement pied/chaussure, ou/et avoir une action stabilisatrice et proprioceptive du pied pour limiter les tensions musculaires et crampes, et par conséquent permettre un meilleur geste sportif.

Olivier Garcin
Podologue du sport