Très convoité par le sportif, l’amorti est un très bon argument commercial mais est-il toujours bénéfique?

Tout d’abord il faut différencier amorti et absorption de chocs. L’amorti se fait grâce à un mouvement emmagasinant la décélération (tel les amortisseurs d’une voiture). L’absorption de choc, quant à elle, se fera par l’intermédiaire d’un matériau qui se déforme pour restituer plus ou moins l’énergie élastique (le rebond) et transformer l’énergie sous forme de chaleur.

L’amorti est déjà une préoccupation du concepteur ingénieux de la machine humaine. Grâce à ses « matériaux » et sa stratégie mécanique, l’appareil locomoteur diminue l’onde choc. Celle ci se déplace des pieds à la tête et sera diminuée par:

– le capiton plantaire (associant des propriétés élastiques et absorbante de choc)
– les cartilages articulaires
– les 22 disques inter-vertébraux ( de par leur structure fibro-cartilagineuse et leur noyau composé à prés de 90% d’eau)
– la propriété élastique des muscles et tendons
– l’architecture du pied grâce à ses nombreuse articulations formant une « voûte » soutenue par de nombreux muscles, fascias et aponévroses offrant une structure déformable, orientable et élastique
– l’architecture morpho-statique des membres inférieurs et du rachis composée de succession de courbes opposées
– la biomécanique dynamique de la marche et course humaine, c’est à dire:
* la triple flexion à chaque attaque du pas: flexion du tibia sur la cheville, flexion du genou et flexion de hanche
* le déroulé du pas se faisant du bord externe du talon vers le bord interne (mouvement passif de supination vers la pronation) pour se terminer par un mouvement de supination active grâce aux muscles et à l’élasticité du pied pour se terminer par la propulsion.

Malgrès tout, ces stratégies pourront être perturbées par:
– un trouble stato-dynamiqe du pied qui reste la base de l’appui(hypo ou hyper pronateur,insuffisance du gros orteil….)
– des rétractions ou hypotonie musculaires
– des structures en souffrances (cartillagineuses/tendinopathies/tassement de disques…)

L’absorption de choc complémentaire reste pour autant nécessaire au vu des contacts répétés du pied au sol imposant une décélération brutale à l’origine de l’onde de choc ainsi que des matières plus ou moins dures des sols de pratiques sportives .

C’est pourquoi les concepteurs de chaussures rivalisent d’ ingéniosités afin de lutter contre les chocs offrant un confort certain par le biais de matériaux (gel,EVA,PU,air…) associé à des morphologies de semelle d’usure conçues pour se déformer.

Mais quelles sont les répercussions d’un tel système amortissant sur les stratégies de l’appareil locomoteur?

– ralentissement de la pose du pied au sol engendrant une diminution de la flexion du genou
– allongement du temps de contact pied/sol par diminution de l’élasticité du pied
– déperdition d’énergie à chaque pas engendrant une légère diminution des performances et une augmentation du travail musculaire de stabilisation et de propulsion (mollet)
– diminution de la proprioception du pied et par conséquent augmentation de l’instabilité
– chez de nombreux coureurs l’excès d’amorti entraine une hyperpronation sur sollicitant donc les muscles luttant contre celle-ci (tibial postérieur,patte d’oie principalement)

L’onde choc à divers seuils pourra être nociceptive pour l’ensemble des structures mais est également nécessaire à la dégénérescence de la structure osseuse (entretient de sa solidité) ainsi qu’à celle du capiton plantaire.

Il est donc indispensable de trouver un bon compromis pour lutter contre l’onde choc sans trop entraver le fonctionnement complexe de l’appareil locomoteur. Ce compromis sera fonction de la surface de pratique (macadam,tartan,sable,parquet,gazon,terre…) , du poids du sportif (un poids supérieur à 80 kg et le coureur est considéré comme « lourd ») et de son schéma clinique (structure en souffrance,raideur ou laxité articulaire…).

Les technologies des chaussures de sport sont déjà très complètes sur ce point et même déjà parfois en excès pour ne pas avoir à ajouter de semelle complémentaires à visée uniquement hyper-amortissante (sauf dans certains cas précis lors de certaines pathologies en temporaire qui ne reglera pas l’origine du souci).

Le podologue aura pour rôle premier de rétablir une fonction physiologique du pied entrainant avec lui l’ensemble du membre inférieur, de lutter contre des insuffisances de fonctionnement, des mouvements anormaux ou majoration de mouvement physiologique (tel quel’hyperpronation). Il aura également pour rôle de decharger directement et indirectement des structures du membre inférieur en travaillant sur la biomecanique du déroulé du pas.
Son rôle est également de conseiller sur le type de chaussure adaptée pour lui parmi le rayon de plus en plus grand des chaussures de sport assommant de technologies.

Jérémie de Bonnières
Podologue du sport D.U.